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L'Homme gribouillé : Serge Lehman et Frederik Peeters

L'homme gribouillé

Lehman, Serge 1964 - ...
Impr. Pollina

Un roman graphique fantastique prenant, sortant des sentiers battus.

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L’Homme gribouillé fait partie des récits parus fin 2017 qui ont rencontré un réel succès critique et public. Sa parution tardive ne lui a malheureusement pas permis de figurer dans la sélection officielle d’Angoulême 2018. Qu’à cela ne tienne, cette chronique participera, parmi d’autres, à réparer cet « oubli ».

Betty vit à Paris avec sa fille Clara et sa mère Maud. Elle souffre d’une aphonie étrange. Alors qu’un soir de pluie (le récit baigne dans une atmosphère très humide et froide), sa maman est victime d’un AVC, un personnage chapeauté et grimé en oiseau s’introduit à leur domicile afin de récupérer un objet appartenant à Maud. Une première rencontre que Clara, restée seule, va mettre à profit pour développer un don familial fantastique hérité de ses ancêtres.

Cet individu maléfique, « l’homme gribouillé » dessiné par Clara dans son enfance sans le connaître, va la mener jusqu’aux Cévennes, là où, dans une nature sauvage, se cache la révélation d'un secret fantastique et millénaire, mêlant histoire sordide et traditions folkloriques débridées.

Serge Lehman, auteur et critique à succès, développe depuis son enfance des univers baignés de science-fiction. Ce récit, dont le but avoué est de rendre ses lettres de noblesse au genre fantastique, peu traité selon lui en France, réussit son pari. Pour cela, il s’est associé l’aide, ô combien pertinente, du trait noir et souple avec aplats gris de Frederik Peeters (Pilules Bleues, Aama…) et s’est appuyé sur les photographies du français Charles Fréger, notamment sa série quasi anthropologique Wilder Mann (2012) recensant des créatures de mascarades rurales d'Europe, afin de donner du crédit à son histoire. Son tour de force tient cependant dans le parfait équilibre entre l'approche traditionnelle, voire mystique, et les références modernes abordées : écologie, responsabilité face à l'histoire...

L’Homme gribouillé est dense, difficile à raconter, mais riche et envoûtant. On le lit sans discontinuer, avec un rare plaisir, et la certitude de tenir là un vrai chef d’œuvre.

FG

 

BD/Manga