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Écrivain à 3 Temps - Antoine Choplin et Philippe Fusaro
L'écriture pour dépasser les frontières

Jeudi 8 novembre 2018

Ecrivain à 3 Temps Antoine Choplin - Philippe Fusaro

 

Jeudi 8 novembre, Écrivain à 3 Temps donnait le champ libre à deux auteurs qui s’apprécient, Antoine Choplin et Philippe Fusaro, le 1er ayant souhaité marquer auprès des Roannais sa proximité et son attachement pour son jeune confrère. Et Antoine Choplin d’expliciter immédiatement en quoi l’œuvre de Philippe Fusaro résonne en lui : les auteurs qui l’attirent sont ceux dont le périmètre d’écriture est identifiable. Ne pas s’éparpiller mais creuser, approfondir. Philippe Fusaro fait résolument partie de cette famille. Le ton d’une soirée marquée par la complicité était donné : à nous de franchir les frontières de leur écriture pour s’affranchir des frontières du monde.  

« L’œil-caméra de ce qui se passe dans un lieu clos »

La 1ère ligne que Philippe Fusaro propose de dépasser à travers ses mots, est intrinsèquement liée aux personnages qu’il convoque. Aller au-delà des apparences pour percevoir leur détresse intérieure, leur faille. C’est ce qu’il a capté notamment dans Aimer fatigue où la splendeur de beaux vêtements contredit une intériorité fragile, plutôt faite d’oripeaux. Mais jamais il ne dédaigne ses personnages. Bien au contraire, il instaure une forte proximité pour vivre avec eux dans une bulle, hors de la réalité. La réalité… on y reviendra.  

Une bulle, le Piper Club ? Traité comme une scène de théâtre ou un plateau de film, ce lieu mythique des nuits romaines évoqué dans Nous étions beaux la nuit est en tout cas le champ d’investigation d’un Philippe Fusaro, qui, tel un metteur en scène, et avec un sens quasi-cinématographique, cherche à saisir et à dépasser la vérité de ses personnages. Comme les différents plans d’un film, il offre au lecteur des regards multiples sur ses personnages, plusieurs angles d’attaque. Il lui est impossible d’écrire à la 1ère personne : pour Philippe Fusaro l’écriture est plurielle. Un trait déjà présent dans son 1er roman, Le Colosse d’argile, où se perçoivent, enlacées, les influences de Raymond Carver et les caractéristiques propres d’un style qui s’est déployé depuis.

Ecrivain à 3 Temps Antoine Choplin - Philippe Fusaro

 

« Une décantation du voyage »

C’est également au-delà des frontières géographiques que nous portent ce soir Philippe Fusaro et Antoine Choplin. La connivence des deux artistes trouve en l’Italie un « facteur aggravant » sic Antoine Choplin. Si ce dernier avoue un amour pour cette terre, le lien qui unit son confrère à l’Italie demande à être davantage exploré. Cette fascination naît d’une culture italienne qui a baigné son enfance : sa nonna (grand-mère) figure évocatrice qui plane au-dessus de la délicieuse vieille dame avec laquelle il prend le temps de cuisiner dans La Cucina d’Inès, l’exil du père dans les années 50, un voyage oublié en Italie… Cette tension, cette frustration l’ont conduit de l’Italie du nord à celle du sud. Peut-être un jour l’espace du roman le portera-t-il ailleurs ?   

Les horizons géographiques sont plus multiples, moins obsessionnels chez Antoine Choplin, car il est important pour lui de laisser reposer les impressions. Il ressent le besoin de revenir chez lui pour jeter ses notes et que les « poussières du voyage retombent ». Alors l’écriture peut se déployer justement.

« Ne plus toucher terre »

Lors de la 1ère rencontre avec Antoine Choplin, celui-ci avait expliqué combien la littérature devait s’approcher au plus près du réel, sans jamais toutefois l’épouser. Il n’en va pas de même pour Philippe Fusaro. Et de citer Tennessee Williams « Je ne veux pas être un romancier réaliste ». On pourrait ajouter une réplique de Blanche Dubois « Je ne dis pas la vérité. Je dis ce qui aurait dû être la vérité ». Méfiant vis-à-vis du réel, du monde qui l’environne, tant en tant qu’auteur qu’en tant que lecteur, Philippe Fusaro trouve dans la littérature le moyen de susciter une mythologie, qui puise néanmoins son inspiration dans le réel. S’abstraire du convenu pour embrasser l’irréel et, peut-être, éprouver un sentiment de protection, auprès de ses personnages.  

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« Faire magie »

La dernière frontière que les deux auteurs nous invitent à dépasser, c’est celle de l’art et de la beauté. Un sujet constant de préoccupation pour Philippe Fusaro, pleinement assumé. La recherche de beauté n’est pour lui pas calculée ; elle répond à une nécessité, à un goût, en tout (pour les images, pour les vêtements). Cette quête esthétisante se traduit dans une écriture revendiquée comme maniériste. Il trouve ainsi dans la création une forme de cohérence existentielle. La vie et l’art forment un tout cohérent : l’artiste est, il ne choisit pas. Créer est alors aussi important que manger, boire, faire l’amour.

Pour Antoine Choplin, la beauté est abordée à travers le sujet de l’œuvre d’art, récurrente dans son écriture. L’acte de création, d’expression, la signature d’une individualité sont quelques-uns des angles détournés par lesquels l’auteur s’approche de l’art, qui pourrait être trop impressionnant en tant qu’objet littéraire premier. L'infime sera donc préféré au grandiloquent et la beauté sera recherchée via la sobriété et l’économie de moyens, tel Ed McBain, une référence pour Antoine Choplin, qui y parvient de manière impressionnante.

Le dialogue entre les deux auteurs met également en évidence combien la musique est inscrite au cœur de leur œuvre et de leur vie.

La musique est très présente chez Philippe Fusaro au point d'en faire quasiment un personnage ou de penser certains livres comme les plages d’un album, réminiscence de l’admiration pour les albums-concepts créés par des artistes tels que David Bowie. C’est aussi un facilitateur dans l’acte de création ; pour se mettre en condition, Philippe Fusaro choisit une play-list adaptée aux atmosphères qu’il souhaite évoquer. Antoine Choplin n’écrit pas en musique, pour ne pas désorienter le fil de la création, ne pas dénaturer la trajectoire de l’objet d’écriture. Pour autant, la musique trouve en son œuvre une place de choix : elle est l’expression d’une vitalité, d’une prédominance de la vie, elle crée une communion et sauve. Le trait fondamental de l’art et de la beauté.

De musique, d’art et de beauté il sera encore question pour la dernière soirée d’Écrivain à Temps au cours de laquelle Antoine Choplin posera les mots d’Une forêt d’arbres creux sur le violoncelle de Noémi Boutin. Le 6 décembre à 18 h 30, n’oubliez pas !

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