Vous êtes ici

  1 /  1
Prêté(date de retour : 02/01/2019)
Public :
adulte
EAN :
9782234058170
Contient :
397 p. ; 22 x 14 cm
Langue :
français
Notes :
Tout public
Partage
Message d'information
Site Localisation Sous localisation Public visé Cote Situation Date de retour
Médiathèque de Roanne Sciences & Société Réserve Baron du Marais Adulte B 920.72 VEI Disponible (Empruntable sur demande) -
Médiathèque de Roanne Sciences & Société - Adulte B 920.72 VEI Prêté 02/01/2019

Simone Veil Prononciation du titre dans sa version originale Écouter, née Jacob[2] le à Nice, est une femme politique française.

Rescapée de la Shoah, elle entre dans la magistrature comme haut fonctionnaire jusqu'à sa nomination comme ministre de la Santé, en . À ce poste, elle fait notamment adopter la « loi Veil », promulguée le , qui dépénalise[3] le recours par une femme à l'interruption volontaire de grossesse.

De 1979 à 1982, elle est la première présidente du Parlement européen, nouvellement élu au suffrage universel. Elle est Ministre d'État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville, et « numéro deux » dans le gouvernement Édouard Balladur, puis siège au Conseil constitutionnel de 1998 à 2007. Élue à l'Académie française le 20 novembre 2008, elle y est reçue solennellement le par Jean d'Ormesson.

La famille Jacob est originaire de Bionville-sur-Nied, village de Lorraine.

Son père, l'architecte André Jacob, obtient en 1919 le Second grand prix de Rome[4],[5],[6]. Il épouse Yvonne Steinmetz, fille de fourreur parisien, le dans le 9e arrondissement de Paris[7],[8]. André Jacob exige que sa femme bachelière et étudiante en chimie abandonne ses études après leur mariage[8]. Après la naissance des deux premiers enfants du couple Madeleine et Denise, la famille juive mais non pratiquante quitte Paris pour s'installer à Nice sur la Côte d'Azur[8]. Jean Jacob, le seul fils, naît en 1925[8]. Simone Jacob est la benjamine de la famille, elle naît le à Nice[8]. Avec la crise de 1929, la famille Jacob quitte son appartement pour un autre plus petit[8]. Lorsque la crise s'aggrave, les commandes d'architectes à son père se raréfient, et sa mère tricote pour les enfants de familles démunies[8].

Le , le Royaume-Uni puis la France déclarent la guerre à l'Allemagne nazie. Lorsque l'armistice est signé, André Jacob est accablé[8]. Le 10 juillet 1940, l'Assemblée nationale, réunie à Vichy, vote à une écrasante majorité les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Le régime de Vichy (gouvernement de Pierre Laval) promulgue, le 4 octobre 1940, le premier statut des Juifs qui établit une série d'interdictions à l'encontre des Juifs et l'obligation de se déclarer aux autorités[8].

André Jacob remplit les démarches et perd le droit d'exercer sa profession[8]. Yvonne Jacob passe ses journées à chercher de la nourriture pour sa famille[8].

L'année suivante, les enfants Jacob sont envoyés près de Carcassonne, où ils séjournent en compagnie d'un oncle et d'une tante.

De retour à Nice, la famille, qui habite un appartement, subit la ségrégation progressive des lois anti-juives. Les enfants participent activement aux activités des scouts et des éclaireuses. Le danger devient manifeste à partir de septembre 1943, date de la prise de contrôle de la Côte d'Azur par l’occupant allemand, sous la direction d'Aloïs Brunner, en remplacement des Italiens.

En mars 1944, Simone Jacob passe son baccalauréat.

Lors d'un contrôle effectué dans la rue par deux SS, Simone Jacob, alors âgée de 16 ans et qui se fait appeler Simone Jacquier, est arrêtée le , à Nice, où elle réside chez son professeur de lettres classiques. Elle est emmenée à l'hôtel Excelsior, quartier général allemand, qui sert à cette époque de lieu de regroupement local des juifs arrêtés avant leur déportation vers l'Allemagne. Dans les heures qui suivent, le reste de sa famille, hébergée malgré les risques encourus par plusieurs couples de relations et d'amis niçois, est arrêté par la Gestapo. Sa sœur Denise Vernay, entrée à 19 ans dans un réseau de Résistance à Lyon, est arrêtée en 1944, et déportée à Ravensbrück d'où elle revient.

Simone transite par le camp de Drancy. Son père et son frère Jean sont déportés en Lituanie par le convoi 73[9]. Simone Veil ne les a jamais revus. Le , soit deux semaines après leur arrestation, Simone, sa mère et sa sœur Madeleine sont envoyées de Drancy (convoi no 71) à destination d'Auschwitz-Birkenau, un des camps d'extermination nazis, où elles arrivent le 15 avril au soir. Un prisonnier parlant français lui conseille de se dire âgée de plus de 18 ans pour passer la sélection et éviter l'extermination. Elle reçoit le matricule 78651 qui lui est tatoué sur le bras. Le travail forcé consiste alors à « décharger des camions d'énormes pierres » et « à creuser des tranchées et aplanir le sol ».

En juillet 1944, avec sa mère et sa sœur, elle est transférée à Bobrek, à cinq kilomètres de Birkenau. Peu avant la libération du camp d'Auschwitz le , les Allemands emmènent leurs prisonniers dans la marche de la mort jusqu'au camp de Bergen-Belsen où elle travaille à la cuisine. Sa mère meurt du typhus en mars 1945. Sa sœur Madeleine, atteinte également, est sauvée de justesse grâce à l'arrivée des Alliés.

Bergen-Belsen est libéré par les troupes britanniques le . Simone, Madeleine et son autre sœur Denise (engagée dans la Résistance) sont les seules survivantes de la famille, puisque leur père, leur mère et leur frère ne sont pas revenus des camps.

Après son retour en France, elle se tient prête à parler, mais a l'impression que presque personne ne veut entendre ce qu'elle a à dire[10].

Simone Veil évoque la déportation de sa famille dans un documentaire du 2 septembre 1976[11].

Simone Jacob est de retour en France le 23 mai 1945[12]. Seule de toute l'Académie à avoir passé et obtenu son baccalauréat en , la veille de son arrestation[13], elle s'inscrit, en 1945, à la faculté de droit de Paris et à l'Institut d'études politiques de Paris, où elle rencontre Antoine Veil (1926-2013), futur inspecteur des finances et chef d'entreprises, qu'elle épouse le .

Sa sœur Madeleine meurt avec son fils Luc en 1952, à la suite d'un accident de voiture, alors qu'elle rentrait de Stuttgart, où elle était allée rendre visite à Simone[14]. Ce nouveau drame sera vécu douloureusement, puisque Madeleine était la seule personne avec qui elle pouvait parler et partager l'expérience de la Déportation.

Simone et Antoine Veil ont eu trois fils, Jean, avocat d'affaires (né le 26 novembre 1947), Claude-Nicolas (1948-2002), Pierre-François, avocat (né en 1954), et plusieurs petits-enfants.

Munie de sa licence de droit et de son diplôme de l'Institut d'études politiques de Paris, elle renonce à la carrière d'avocate et passe avec succès, en 1956, le concours de la magistrature. Elle occupe dès lors un poste de haut fonctionnaire dans l'administration pénitentiaire au ministère de la Justice, où elle s'occupe des affaires judiciaires. Pendant la Guerre d'Algérie, elle réussit à faire transférer en France des prisonnières algériennes qu'elle estimait exposées aux mauvais traitements et aux viols[15]. Elle passe en 1964 aux affaires civiles. En 1970, elle devient secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature (CSM).

Dans ses mémoires, Simone Veil mentionne une action politique de sa part dès 1971 au conseil d'administration de l'Office de radiodiffusion télévision française (ORTF)[16]. À ce poste, elle surprend en s'opposant notamment à la diffusion du documentaire sur l'Occupation, Le Chagrin et la Pitié, qu'elle juge injuste et partisan[17].

À la suite de la mort en cours de mandat du président Georges Pompidou, elle soutient la candidature de Jacques Chaban-Delmas à l'élection présidentielle anticipée[18]. Après l'élection de Valéry Giscard d'Estaing à la présidence de la République, elle est nommée ministre de la Santé dans le gouvernement Jacques Chirac, poste qu'elle conserve sous les gouvernements Raymond Barre.

Elle est chargée de présenter au Parlement le projet de loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG)[19], qui dépénalise l'avortement. Ce combat lui vaut des attaques et des menaces de la part de l'extrême droite et d'une partie de la droite parlementaire, comme l'a rappelé Jean d'Ormesson en l'accueillant à l'Académie française. Dans un discours devant les députés, elle soutient que « l'avortement doit rester l'exception, l'ultime recours pour des situations sans issue »[20]. Le texte est finalement adopté à l'Assemblée nationale le , la gauche, en particulier, venant à la rescousse des députés centristes favorables à la loi mais non majoritaires à l'Assemblée dans ce cas précis. La loi est ensuite adoptée au Sénat, deux semaines plus tard. Elle entre en vigueur le .

Simone Veil revoit également la « carte hospitalière » en fermant notamment des établissements à trop faible activité, rééquilibre les comptes de l'Institut Pasteur et met en place des aides financières à destination des mères d'enfants en bas âge[21].

Elle met en échec, avec d'autres membres du gouvernement, le projet de retours forcés de 100 000 Algériens par an prôné par Valéry Giscard d'Estaing, dont la politique d'aides financières au retour a échoué[22].

À la demande du président Valéry Giscard d'Estaing, elle conduit la liste Union pour la démocratie française (UDF) aux élections européennes de 1979, les premières au suffrage universel. À la suite de la victoire relative de l'UDF (27,61 % des suffrages et 25 élus), elle quitte le gouvernement.

Le , alors que les députés RPR français ont soutenu une autre candidature que la sienne aux deux premiers tours de scrutin, elle est élue présidente du Parlement européen au troisième tour, avec 192 voix, contre 133 au socialiste Mario Zagari et 47 au communiste Giorgio Amendola[23]. Au début de l'année 1982, elle est sollicitée pour briguer un second mandat, mais ne bénéficiant pas du soutien des députés RPR, elle retire sa candidature avant le troisième tour de scrutin afin de ne pas faciliter l'élection du candidat socialiste, qui l'emportera néanmoins grâce aux divisions de la droite française[24]. En 1981, elle reçoit le Prix International Charlemagne.

Avec Jacques Chirac, elle impose à l'opposition une liste unique aux élections européennes de 1984. La liste qu'elle conduit obtient 43,02 % des voix et 41 sièges de députés européens le . Elle préside alors le groupe libéral au Parlement européen pendant toute la législature. Lors des élections européennes de 1989, elle présente une liste centriste distincte de la liste d'union RPR/UDF : celle-ci recueille 8,43 % des voix et sept députés européens.

Lors des élections législatives de 1988, alors que certaines personnalités de l'UDF, notamment Jean-Claude Gaudin à Marseille, passent des accords de désistements locaux avec le FN et que Pasqua (RPR) évoque des « préoccupations » et des « valeurs » semblables, Veil déclare qu'« entre un Front national et un socialiste, [elle votera] pour un socialiste »[25].

Début 1990, elle qualifie d’« inadmissible » la création de fichiers informatisés des Renseignements généraux, décidée par le gouvernement Michel Rocard[26]. Le projet est retiré en et promulgué, sous une forme nouvelle, par le gouvernement Cresson l'année suivante[27].