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Le cas Dominique

Livre
Seuil 1990, cop. 1985
Numéro collection : 49
Disponible

Voici une analyse d'adolescent présentée dans son cours entier, avec la transcription intégrale des propos tenus et des réactions de l'enfant, de ses parents et du psychanalyste. Voici, en même temps, un exemple spectaculaire de cure d'un très grand "inadapté " - au départ, une sorte de fantôme - qui, après douze séances, aura retrouvé ses repères dans la réalité et sera prêt à affronter désormais la vie familiale et ses problèmes.

Public :
adulte
EAN :
9782020006248
Contient :
256 p. ; ill., couv. ill. ; 18 cm
Langue :
français
Notes :
Médecin pédiatre et psychanalyste, son nom de jeune fille est François Marette.
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Médiathèque de Roanne Sciences & Société - Adulte 155.5 DOL Disponible -

Françoise Dolto, née le , dans le 16e arrondissement de Paris, et morte le dans le 5e arrondissement, est une pédiatre et psychanalyste française qui s'est consacrée à la psychanalyse des enfants. Reconnue pour sa pratique spécifique dans ce domaine mais également pour son apport théorique à la psychanalyse, en particulier sur l'image inconsciente du corps, elle a œuvré à la vulgarisation de ces connaissances, à la fin des années 1970, dans une émission de radio qui a contribué à la faire connaître au grand public.

Françoise Dolto, née Marette, est issue d'une famille bourgeoise de conviction catholique et monarchiste du 16e arrondissement de Paris : sa mère Suzanne Demmler, de souche alsacienne, est fille de polytechnicien, et son père Henri Marette est également ingénieur polytechnicien, devenu industriel. Quatrième enfant d'une fratrie de sept, elle est la sœur[1] de Jacques Marette (1922–1984), ministre français des Postes de 1962 à 1967[2].

Nourisson, elle est confiée à une nourrice irlandaise qui s'occupe beaucoup d'elle, au point que ses parents doivent lui parler anglais pour obtenir un sourire. Les parents renvoient brutalement la nourrice et alors âgée de huit mois, elle attrape une double bronchopneumonie, dont elle guérit après que sa mère l'eut tenue contre elle tout une nuit au plus fort de la maladie[réf. souhaitée][3].

Françoise Dolto est élevée de manière très traditionnelle. Selon Élisabeth Roudinesco, « elle a eu une enfance catholique, d'extrême droite[4] », étant élevée selon les valeurs en cours dans une famille maurassienne[5].

Elle a une institutrice personnelle formée à la méthode Fröbel.

À huit ans, elle parle de devenir « médecin d'éducation » selon ses propres termes : « Un médecin qui sait que quand il y a des histoires dans l'éducation ça fait des maladies aux enfants, qui ne sont pas des vraies maladies, mais qui font vraiment de l'embêtement dans les familles et compliquent la vie des enfants qui pourrait être si tranquille[6]. »

À l'âge de huit ans, elle perd son oncle et parrain (Pierre Demmler), qui meurt à la guerre. Lui ayant assigné une place d'époux symbolique, comme peuvent le faire les enfants de cet âge, elle l'appelle « son fiancé » et en porte le deuil comme une veuve de guerre[7].

À douze ans, elle est profondément marquée par la mort de sa sœur aînée, Jacqueline, âgée de dix-huit ans, enfant préférée de sa mère[7]. Celle-ci fait une dépression[7] et accuse Françoise de ne pas avoir prié assez fort pour la guérison de sa sœur. Elle lui avait dit, la veille de sa première communion, que les prières d'un enfant très pur pourraient la sauver. Françoise Dolto rapportera plus tard :

Pour sa mère, une fille n'a d'autre horizon que le mariage et, forte de ce principe, elle lui interdit de poursuivre des études. À seize ans, elle doit affronter la volonté de sa mère qui ne veut pas la laisser passer son baccalauréat, car elle ne serait plus mariable. Néanmoins, elle va au lycée en classe terminale, en section « philosophie », de 1924 à 1925, au lycée Molière, à Paris, et passe son bac. En 1930 elle passe son diplôme d'infirmière. Un an après, elle commence ses études de médecine avec son frère Philippe (« en payant ses études avec l'argent qu'elle gagne[9] »).

En 1932[10], sur la recommandation de Marc Schlumberger, elle rencontre le psychanalyste René Laforgue (qui a déjà accueilli en cure son frère Philippe un an auparavant) et participe aux débuts du freudisme français en commençant une psychanalyse avec lui, à partir de février 1934[11]. Cette cure dure trois ans[11]. Laforgue trouvant à Françoise Dolto des aptitudes, lui conseille de devenir elle-même psychanalyste, ce qu'elle refuse d'abord, voulant se consacrer à la médecine. Cette cure la libère de sa névrose, du poids de son éducation, de son milieu d’origine et de sa mère dépressive en faisant d’elle une autre femme[11].

Au cours de sa formation médicale, en stage dans le service du Docteur Georges Heuyer[11], elle rencontre Sophie Morgenstern[11], qu'elle assistera plus tard. Sophie Morgenstern a été la première à pratiquer la psychanalyse des jeunes enfants en France : celle-ci lui confie la tâche d'écouter, et seulement écouter, les enfants qu'elle devait soigner. Ses patients seront surtout des enfants et des psychotiques. « À la veille de la guerre, elle jette les bases d'une méthode psychanalytique de thérapie d'enfants centrée sur l'écoute de l'inconscient et débarrassée du regard psychiatrique[12]. »

En 1938, Françoise rencontre le docteur Édouard Pichon à l’hôpital Bretonneau. En 1939, elle soutient sa thèse intitulée Pédiatrie et psychanalyse[11], dans laquelle elle expose certaines base de sa méthode de psychanalyse des enfants qu'elle développera au long de sa vie, notamment le fait de parler directement aux enfants de la réalité de leur vécu à l'aide d'un langage qui leur est accessible[13].

En 1938, elle rencontre également Jacques Lacan, lit Les Complexes familiaux, suit son enseignement à Sainte-Anne et resta en lien étroit tout au long de son activité de psychanalyste et en lui reprenant, parfois à sa manière, de nombreux concepts[13]. Lacan et Dolto, firent selon Roudinesco « figure de couple parental pour des générations de psychanalystes français »[13]. Astrid Quemener rapporte que « les deux psychanalystes étaient amis et se vouaient une grande estime réciproque. Si Dolto disait parfois « ne pas comprendre ce qu'il écrivait », il lui rétorquait « qu'elle n'avait pas besoin de le comprendre puisqu'elle l'appliquait dans sa pratique », ce qui était plus qu'une politesse, puisque Lacan lui adressait ses cas les plus difficiles »[14].

En 1939, sur les conseils de Laforgue et après avoir été en contrôle avec Nacht et Lagache, elle devient membre adhérente de la Société psychanalytique de Paris.

Françoise Dolto travaille en cabinet avec des adultes et en institution avec les enfants : à la polyclinique Ney à la demande de Jenny Aubry, à l'hôpital Trousseau (où elle assure des consultations gratuites de 1940 à 1978)[13], au Centre médico-psycho-pédagogique Claude-Bernard à partir de 1947, et enfin au centre médico-psycho-pédagogique (CMPP) Étienne-Marcel de 1964 à 1981[15].

En décembre 1942 elle est embauchée par le Centre de la mère et de l'enfant, une institution dépendant de la Fondation pour l'étude des problèmes humains fondée par Alexis Carrel[16].

En février 1942, elle épouse Boris Ivanovitch Dolto, fondateur d'une nouvelle méthode de kinésithérapie en France[13], ainsi que d'une école de podologie : l'École française d'orthopédie et de massage. Ils s'intéressent tous deux aux rapports entre corps et psychisme ; leurs échanges seront très enrichissants.[réf. souhaitée] Ils ont trois enfants : Yvan-Chrysostome Dolto (19432008)[17], devenu un chanteur populaire connu sous le nom de Carlos, Grégoire Dolto en 1944, devenu ingénieur, et Catherine Dolto en 1946, devenue pédiatre, passionnée d'haptonomie [18].

Elle commence à publier des textes importants dans les années 1956 - 1957[19], expose en 1960 au colloque international d'Amsterdam, le rapport commandé par Lacan sur la sexualité féminine et devient au cours de cette période une « figure majeure du mouvement psychanalytique »[20].

En décembre 1962, Françoise Dolto participe activement à la création du Secrétariat du Père Noël de la Poste aux côtés de son frère Jacques Marette, alors ministre des PTT[21].

En 1964, à la suite de la deuxième scission du mouvement psychanalytique français, elle participe, avec Jacques Lacan, à la création de l'École freudienne de Paris[13] et développera au cours des années suivantes son enseignement dans ce cadre, notamment son séminaire sur la psychanalyse des enfants[20]. En 1971 paraît Le Cas Dominique et une réédition de sa thèse Psychanalyse et Pédiatrie qui seront des succès en libraire et sont réédités jusqu'à aujourd'hui[22].

Les émissions de radio qui donnent du retentissement à ses idées ont lieu, de 1976 à 1978[22], année où elle arrête ses consultations à l'hôpital Trousseau qu'elle tient depuis 1940, et arrête ses consultations privées l'année d'après mais en continuant d'assurer l'Aide sociale à l'enfance à la pouponnière d'Anthony[22]. En 1979, elle lance la première « Maison Verte »[22].

En 1980, l'École freudienne est dissoute par Lacan, qui meurt en 1981, tout comme le mari de Dolto, Boris[23]. Elle fait ensuite encore paraître quelques ouvrages majeurs tels Au jeu du désir, L'Image inconsciente du corps, La Cause des enfants mais, atteinte de fibrose pulmonaire depuis 1984, elle meurt le 25 août 1988[23].

Françoise Dolto est inhumée au cimetière de Bourg-la-Reine aux côtés de son mari Boris ; cette sépulture est aussi celle de leur fils, le chanteur Carlos, décédé en 2008. Elle a demandé que soit inscrit sur sa pierre tombale : « N'ayez pas peur ! », l'injonction de Jean-Paul II[24].

Françoise Dolto fut une fervente militante de la « cause des enfants », faisant de l'enfant en souffrance et de ses rapports avec la mère son domaine de prédilection.

Plusieurs idées majeures ressortent de ses œuvres :

La coutume lui prête volontiers[évasif] la phrase « le bébé est une personne » (qu'elle n'a en fait pas prononcée[26][réf. insuffisante]). Si en fait elle ne prête pas la conscience inhérente au principe de personne au bébé, elle n'en défend pas moins, tout au long de sa carrière, l'idée que l'individu est un sujet à part entière dès son plus jeune âge.

De ce fait, elle souligne l'importance de la parole que l'adulte peut adresser à l'enfant sur ce qui le concerne, parole qui peut l'aider à construire sa pensée.

Ainsi, pour Dolto, l'enfant peut être psychanalysé très tôt en tant qu'individu. L'enfance a ainsi un rôle fondamental dans le développement de l'individu.

Claude Halmos dans le documentaire Françoise Dolto dit : «  L'apport essentiel de Françoise Dolto est de dire que l'enfant est à égalité d'être avec un adulte et que ce faisant il est un analysant à part entière[27]. »

Elle considère qu'avant même que l'enfant possède un véritable « langage », l'être humain étant par essence communiquant, il communique déjà, à sa façon, par le corps. Par exemple : apprendre à marcher, ou même à se déplacer à quatre pattes, c'est commencer à vouloir s'affranchir des parents et exprimer un début de désir d'indépendance. Elle analyse les rapports enfants-parents, et notamment l'origine du complexe d'Œdipe et l'importance du rôle du père dès les premiers jours. À travers le père, l'enfant comprend qu'il n'est pas tout pour sa mère, ce qui entraîne un rapport de frustration et permet l'individuation.[réf. nécessaire]

Dans La Difficulté de vivre, elle explique comment répondre à un enfant qui pose des questions autour de sa naissance. Elle accorde une grande importance à la parole dans la construction des individus.[réf. insuffisante]

Elle s'intéresse essentiellement à la psychanalyse de l'enfance et soutient sa thèse Psychanalyse et pédiatrie en 1939. Elle y explique le rôle de l'affect comme support de l'intelligence et porteur de l'expression des troubles. Elle détaille son développement en fonction des castrations « symboligènes » successives (castration des symboles d'états infantiles compensée par la maturation, par exemple l'échange verbal ou pré-verbal qui compense la têtée). Les séparations ont un effet symboligène : elles permettront aux zones érogènes de devenir des lieux de désir et de plaisir. Par exemple, le sevrage est la première castration orale ; celle-ci modifie la valeur symbolique de l'objet-mère, sans le faire disparaitre, à condition que la mère introduise aussi, par le langage, le bébé dans le monde social et qu'elle puisse devenir la mère que le bébé retrouve.

Elle y explique que la connaissance de cette maturation psychique est indispensable à la pédiatrie. Cette thèse soulève de vives réactions : elle est soit dénigrée avec force, soit profondément respectée, comme par Jean Rostand qui après l'avoir lue veut la rencontrer et lui déclare qu'il n'a jamais rien lu d'aussi intéressant depuis Freud. C'est chez lui qu'elle fera connaissance de son futur mari.

Le complexe du homard est une formule inventée par Françoise Dolto pour représenter la crise d’adolescence. « L’enfant se défait de sa carapace, soudain étroite, pour en acquérir une autre. Entre les deux, il est vulnérable, agressif ou replié sur lui-même ». Mais « ce qui va apparaître est le produit de ce qui a été semé chez l’enfant », avertit Dolto. Il s'agit donc de l’évolution qui va se faire de l’adolescent vers l’adulte[28].

Les parents devraient donc voir les crises explosives comme une preuve qu’ils ont rempli leur contrat, les repères éducatifs s’avérant suffisamment souples pour « sauter » au bon moment. À l’inverse, si les parents sont trop rigides, l’adolescent restera prisonnier de sa carapace et désarmé face à la dépression[25].

Elle eut une influence sur l’émergence du féminisme politique et l’évolution des mouvements féministes.[réf. nécessaire] Selon Dolto, le complexe d'Œdipe de la fille lui fait développer des qualités féminines, qu'elle peut utiliser dans la réussite sociale : son narcissisme est beaucoup plus vécu en surface que celui des garçons.[réf. nécessaire]

Françoise Dolto était opposée à une loi sur l'avortement[29].

Françoise Dolto a par ailleurs signé, en compagnie de nombreux autres signataires, une « Lettre ouverte à la Commission de révision du code pénal pour la révision de certains textes régissant les rapports entre adultes et mineurs », elle a ainsi pu être accusée de défendre la pédophilie, ce qui n’a jamais été le cas[30], pour Dolto, l’initiation sexuelle « des adolescents et des enfants par un adulte (donc par garçon ou fille de 16 ans déjà), en admettant même que ce partenaire ne soit pas incestueux, encore plus si cet adulte est confirmé en âge et en prestance, est toujours un traumatisme psychologique profond », sa position sur la majorité sexuelle étant à la fois distincte de la loi existante à son époque et des demandes de pédophiles, elle proposait « qu’on décrète, les enfants ayant été instruits, l’âge de la responsabilité sexuelle deux ans après la puberté pour chaque citoyenne ou citoyen adolescent (règles, spermogénèse) »[31].